Commentaires sur l'émission "France-Algérie, Antenne 2 du 29/11/2018

Au regard de tous vos échanges Je crois utile de rappeler de quelle façon nous fûmes contactés (tout au moins en ce qui me concerne) et comment Jean-François Delassus s’y est pris pour monter son film.

Je constate que les uns et les autres (légitimement) se plaignent de n’avoir eu suffisamment la parole ; certes c’est une frustration ;  mais le plus important – de mon point de vue – n’est pas le temps de parole mais ce qui est rapporté.

Que devrais-je dire ? le sujet le plus sensible de l’Algérie Française, l’OAS, a été complètement truqué et ce reportage a montré un visage de l’OAS totalement en accord avec la politique actuelle. J’ai également évoqué le 5 juillet cette journée tragique au cours de laquelle mon oncle fut enlevé en laissant une veuve et 6 orphelins. J’aurai donc, vous en convenez, autant de griefs sinon plus que le fait d’avoir eu la parole un court instant.

En juillet 2017 j’ai été contacté téléphoniquement par Jean-François Delassus qui souhaitait m’interviewer sur le rôle de l’Adimad-Mraf (puisque j’en étais le Président). Il me confia qu’il était désireux de faire un film sur les Français d’Algérie en y retraçant tous les évènements s’y rapportant.

Plusieurs échanges téléphoniques me laissèrent supposer que nous aurions enfin quelqu’un qui évoquerait en toute impartialité ce que pendant 56 ans nous subirent en mensonges, déformations, calomnies.

En cela SSN ( ?) et LVD eurent, me semble t’il, la même analyse que moi-même sur Jean-François Delassus.

Nous avons convenu d’un rendez-vous en mon domicile le 27 Septembre. Désireux d’avoir des témoins à cette entrevue et y faire participer des camarades je lui ai suggéré deux camarades Algérois et Bônois en Hervé Cuesta et Yves Del-Médico. Delassus accepta et de fait l’un et l’autre purent s’exprimer.

Le sujet me concernant portait sur l’Adimad-Mraf : son origine ; ses raisons ; puis tout naturellement sur l’OAS : les raisons de ce mouvement, le milieu social des participants, les différentes mouvances et leurs actions et j’avais insisté sur le rôle des maquis dans le but de balayer l’image que l’on donnait à l’Organisation.

Rien de tout ce thème n’a été abordé dans ce film ; une seule chose en est ressorti faisant écho à un commentaire précédent traitant les hommes de l’OAS de terroristes : 11,43 et exécutions.

Cette caricature, vous en conviendrez, est tout de même beaucoup plus critique, néfaste, nuisible à mon encontre que le raccourci d’un commentaire.

Aujourd’hui qu’en reste il ? Que nous sommes comme l’indique Hervé Cuesta les « baisés » de l’Histoire ? Chacun d’entre nous sait parfaitement que nous le resterons à tout jamais, mais pas seulement par le fait que les médias n’osent ou ne veulent pas diffuser « notre » vérité.

Personnellement j’ai eu une dizaine d’entrevues de divers médias et à chaque fois il y eut déformation des propos et orientation dans le sens voulu de l’histoire de l’Algérie Française. J’ai compris que cela ne servait à rien de vouloir déplacer des montagnes. Je ne suis pas armé d’une fronde et d’un caillou pour terrasser Goliath. J’ai également acquis la sagesse de mon prédécesseur à la tête de l’Adimad qui indiquait philosophiquement : » l’important c’est qu’on parle de nous ».

Aujourd’hui vous voulez vous manifester par courrier ?! Dans quel but et est-ce que ce courrier pourra dans l’avenir (soyons angéliques) nous permettre de trouver un média objectif ?

J’en doute. Mais cela n’engage que moi.

Personnellement j’ai pris mon téléphone et je me suis expliqué de vive voix avec Jean-François Delassus ; je lui ai indiqué très clairement ce que je pensais.

Qu’aurai-je pu faire de plus ? un courrier ? il n’y aurait pas eu plus d’écho.

Mon cher Hervé, mes chers camarades nous ne pourrons jamais retourner le vent de l’histoire ; il faut s’en faire une raison. Hervé fait référence à Charly Cassan et son excellent film ; mais il faut tout de même faire un constat : AUCUN média ne passe son film. Pourquoi ? pour exactement les mêmes raisons que celles auxquelles nous sommes confrontés dans ce reportage.

Cela étant il faudrait peut-être que nous fassions toutes et tous notre auto-critique des raisons pour lesquelles, nous avons été les parias de la République, nous sommes les parias de la République et NOUS RESTERONS les parias de la République.

Ce vent de l’histoire nous a balayé de par notre propre responsabilité et ce n’est sûrement pas en agressions verbales et/ou écrites que l’on pourra y changer quelque chose.

Dois-je rappeler que 56 ans sont passés depuis notre exode et que nous n’avons pas été capables de nous rassembler. Je tais volontairement les raisons ; ces raisons du reste qui plutôt que s’atténuer s’amplifient au fil des ans.

Nos détracteurs le savent et leur réaction face à une fronde telle qu’évoquée les ferait encore un peu plus sourire et, pardon pour l’expression : ils prendraient ainsi leur pied.

Est-ce cela que nous voulons ? est-ce cela que nous recherchons ?

Aujourd’hui nous sommes confrontés, malgré nous, à un autre séisme beaucoup plus grave que celui que nous avons connu. Ce séisme emportera nos enfants, nos petits enfants qui pourront nous dire : « Papy c’est cela que tu nous donnes en héritage ? ».

Bien que ce ne soit pas l’objet de ces échanges : pensez-y.

Sans doute que mon commentaire ne saura être apprécié mais j’ai évoqué très..très succinctement le fond de ma pensée et ma réflexion.

A toutes et tous mes plus cordiales salutations.

Régis Guillem

Auteur du livre « Et la levêche souffla sur l’Oranie » récit relatant précisément ce que fut notre vie et les raisons de notre révolte

Mis en page le 05/12/2018 par RP